
Et maintenant, on se relève.
Jean-François Fortin
Octobre 2011
LE MANIFESTE [cliquez-ici]
Présentation
Les Grandes marées
En décembre 2010, la Gaspésie a été frappée par des Grandes Marées d’une force vertigineuse, inondant sur leur passage un grand nombre de résidences riveraines, ne laissant que dommages et désolation, à quelques semaines du Temps des Fêtes. Ces Grandes Marées nous ont rappelé la puissance unique de la nature et notre petitesse devant celle-ci, mais plus que cela, elles nous ont imposé la solidarité et la prise en main collective. Les gens de la Gaspésie sont désormais plus humbles et plus solidaires. Ils savent que, devant l’adversité, l’unité reste encore la meilleure réponse et qu’en mettant tous du sien, il est possible de se relever et de continuer à avancer.
En mai 2011, le Bloc Québécois a connu à son tour ses Grandes Marées. La « Vague orange » a déferlé sur nous et a emporté sur son passage la majorité de notre députation. Il faut donc, tout comme l’ont fait les gens de Gaspésie, tout comme l’ont fait les gens du Richelieu il y a quelques mois, être unis plus que jamais et se mettre au travail afin de réparer les dégâts causés par cette Vague.
Je brigue la chefferie du Bloc Québécois pour entreprendre avec vous les travaux de réparation nécessaires pour rebâtir notre parti. Je ne propose pas de changement au Bloc Québécois – je crois que nous avons été victimes d’une volonté de changement-, je propose plutôt que nous nous retrouvions. Monsieur Duceppe disait en 2009 du Bloc Québécois que nous étions des « résistants », soulevant un tollé au Canada anglais. Et c’est ce que nous sommes et ce que nous devons être plus que jamais.
Nous sommes toujours des porteurs du rêve d’un Québec souverain, nous sommes toujours dévoués à la défense des intérêts du Québec et nous résistons à l’idée d’entrer dans les rangs, devenant rien de mieux qu’une « province pas comme les autres » plutôt qu’un « pays comme les autres », comme le disait encore Monsieur Duceppe.
Une fois les Grandes Marées passées, il faut nettoyer les dégâts, réparer lorsqu’on le peut, reconstruire si nécessaire. Tous ensemble, on se partage les corvées et on se met au travail. On retient les leçons et on regarde vers l’avenir, vers notre objectif commun : le Québec souverain. C’est ce que j’entends à la tête du Bloc Québécois et c’est ce que je vous convie toutes et tous à faire.
Jean-François Fortin
D’abord, savoir reconnaître nos erreurs
Nous avons commis des erreurs.
Comme parti, nous avons commis des erreurs. Nous avons cru, à tort, que notre attachement aux valeurs québécoises, aux intérêts du Québec, était suffisant pour avoir l’adhésion de l’électorat. Nous avons cru à tort que l’indignation face à l’injustice et que le rejet de valeurs qui ne sont pas les nôtres seraient suffisants pour qu’une fois de plus, le Québec vote pour le Bloc Québécois. Nous avons dit les vraies choses, nous avons défendu les bonnes causes mais nous n’avons pas entendu la lassitude des Québécois.
Sans relâche, le Bloc Québécois a défendu la langue française, l’environnement, l’équité, les chômeurs, la culture québécoise.
Sans relâche, le Bloc Québécois s’est attaqué à la corruption, au trafic d’influence, au déséquilibre fiscal, à l’injustice.
Sans relâche et avec talent. Le Bloc Québécois a accompli un travail colossal, généreux et essentiel.
Mais les Québécois se sont lassés de nous. Ils ont changé de poste.
Nous avons si souvent défendu notre pertinence que nous en avons oublié d’être impertinents. Et, comme parti, ce fut là notre erreur.
Comme souverainistes, nous avons commis des erreurs. Nous avons laissé l’agenda prendre le dessus sur la nécessité de la souveraineté. Nous avons mis de l’avant nos désaccords aux dépens de ce qui nous unit. Nous avons exposé les forces et les faiblesses de nos leaders et mis de côté les forces de leurs idées. Et nous avons réussi l’impossible : faire de la souveraineté du Québec un sujet lassant pour les Québécois.
Certes, nous avons démontré qu’un Québec souverain serait viable. Les intérêts économiques du Canada et ceux du Québec ne sont plus les mêmes. La défense de la diversité culturelle qui est une priorité pour le Québec ne l’est pas pour le Canada anglais. Le multiculturalisme ne correspond pas au modèle d’intégration prôné par le Québec. Nous sommes de facto deux pays différents et les souverainistes l’ont démontré clairement, intelligemment.
Mais nous n’avons parlé qu’à la raison des Québécois et délaissé leurs cœurs. Et, comme souverainistes, ce fut là notre erreur.
Comme Québécois, nous avons commis des erreurs. Nous nous sommes laissé prendre par le cynisme et la morosité. Fatigués par les histoires de corruption, de copinage, d’abus de confiance, écœurés des nouvelles de scandales à gogo, des intérêts individuels au mépris de l’intérêt collectif, blasés de se faire dire par les décideurs que tout va bien alors que rien ne va plus, nous nous sommes mis à rire de dépit devant les fausses promesses et les abus manifestes. Un pont en dix ans, plus d’un milliard pour un sommet, arrestations arbitraires, portraits de la Reine un peu partout, mépris du français au fédéral, nous avons tout laissé passer. Tannés.
Sans nous en rendre compte, nous sommes devenus moins solidaires et chaque nouvelle magouille, chaque nouveau coup tordu semblait nous donner raison.
Comme Québécois, nous avons oublié que nous détenions le pouvoir de changer les choses. La participation aux élections n’a cessé de diminuer parce que nous nous sommes détachés de notre propre démocratie. Et ce fut notre erreur.
Nous avons commis des erreurs et c’est correct.
Nous ne sommes parfaits ni comme individus, ni comme parti, ni comme mouvement, ni comme peuple. Et c’est pourquoi nous devons reconnaître nos erreurs et les corriger.
Et maintenant, on se relève.
Se rappeler qui nous sommes
La défaite du 2 mai nous oblige à redéfinir le rôle du Bloc Québécois. Fort pendant plus de vingt ans d’une majorité de sièges au Québec, notre parti a fait du travail parlementaire son principal instrument pour défendre les intérêts du Québec et la promotion de la souveraineté. Avec un groupuscule de députés à Ottawa, cette approche est désormais inefficace. La députation doit donc laisser sa place en première ligne et devenir le soutien du parti.
Les militants travaillaient pour faire élire des députés; désormais, ils doivent devenir les porte-étendards du Bloc Québécois. Le Bloc Québécois comme parti doit pouvoir intervenir sur toutes les questions qui affectent directement la vie des Québécois. Nous devons être des souverainistes en tout temps. Et loin de s’éloigner de quelques souverainistes que ce soit, nous devons être un vecteur de rapprochement.
Si, comme tous aiment à le répéter, la souveraineté ne se fera pas à Ottawa, il est clair que la souveraineté sera faite par les Québécois et nous en sommes. Alors oui, le Bloc Québécois fera la souveraineté, pas à la Chambre des communes, évidemment, mais partout au Québec. Nous sommes plus que jamais un instrument indispensable à son accession.
Le Bloc Québécois rejette la Constitution canadienne, aux dernières nouvelles, le Québec ne l’a toujours pas signée et nous ne reconnaissons pas le droit au gouvernement fédéral de décider seul sur des enjeux qui nous touchent directement. C’est, d’ailleurs, croyons-nous, le précepte qui justifie la gouvernance souverainiste préconisée par le Parti Québécois.
L’aile parlementaire du Bloc Québécois ne peut -et ne doit- intervenir que dans les champs de compétences fédérales et en fonction des intérêts du Québec. Mais le Bloc Québécois, parti, n’est pas soumis et ne doit pas se soumettre à cette Constitution. C’est pourquoi, mus par la volonté de défendre le Québec et de faire avancer le projet souverainiste, nous devons apprendre à nous mêler de tout ce qui nous regarde. Nous sommes Québécois avant tout.
Nous ne croyons pas que la multiplication des mouvements et groupuscules serve la cause souverainiste et croyons que le Parti Québécois reste encore et toujours le seul véhicule pouvant nous mener au pays. Et c’est pourquoi, loin de nous en éloigner, nous devons en être le plus intime partenaire.
Nous sommes aussi d’avis que la tenue d’États généraux sur la souveraineté permettra de rétablir les ponts entre les différentes factions qui divisent notre mouvement dans l’espace public. À la condition, bien sûr, que tous y participent dans un esprit d’ouverture. Et c’est ce que le Bloc Québécois entend faire lorsque ceux-ci se tiendront.
Ouverts sur le monde, certes, mais ouverts sur nous-mêmes aussi.
***
Les Québécois en ont soupé de la petite politique et nous avons contribué à leur cynisme en leur disant ce que nous croyions qu’ils voulaient entendre plutôt que ce que nous avions à dire.
Nous avons abandonné leur cœur pour leur raison alors que notre projet en est un avant tout de cœur. Comme disait Vigneault, « le pays est au tréfonds de soi ». Et le fait que le peuple québécois mérite un pays du Québec est fondamentalement viscéral. Cela reste notre meilleur argument. Nous sommes.
Nous devons donc recommencer à parler sans calcul, sans censure, sans gêne. Nous devons parler au peuple québécois comme nous parlons à un ami. Intimement.
En reconnaissant nos erreurs, en reprenant la parole pour exprimer le fond de notre pensée, nous pourrons peut-être retrouver l’écoute attentive de notre peuple. Nous pourrons peut-être vaincre la morosité, le cynisme et l’écœurantite aigüe qui minent notre démocratie.
Et maintenant, on se relève.